cheveux courts à la garçonne

Les années folles (1920-1929)

__La première guerre mondiale est terminée, et pendant que les hommes étaient au front, les femmes ont goûté à l’émancipation. Désormais, beaucoup d’entre elles travaillent et aspirent à plus de simplicité… et à plus de modernité aussi.

À Paris, c’est Antoine Cierplikowski, surnommé “Monsieur Antoine”, qui invente une coupe “garçonne”, inspirée du roman polémique de Victor Margueritte, La Garçonne (1922) et qui raconte les aventures hétéro et bisexuelles de Monique, une femme trompée. Scandale et exacerbation de la nouvelle féminité. Les codes ultrasexués volent en éclat et la coupe courte pour les femmes prend son envolée. Les femmes d’avant-garde se l’approprient aussitôt. Les artistes, les aristocrates fument, dansent, jouissent de la vie. Et s’attirent les foudres des “dames” et de l’église. Mais les hommes n’y sont pas insensibles, tel Blaise Cendrars qui consacrera, en 1925, les nuques rasées des femmes “huitième merveille du monde”.

À ses débuts, la coupe garçonne se porte très court sur la nuque, souvent rasée à la tondeuse et plus longue sur la tête. La raie est largement décentrée et une grande mèche, qui cache le front, est vaguée aux fers Marcel. Pour la tenue et la brillance, on applique de la brillantine ou un enduit de Bandoline. Les accessoires pour cheveux ont le vent en poupe : peignes, aigrettes, barrettes, bandeaux, diadèmes, il y en a pour tous les goûts et toutes les longueurs. En 1924, Dréan chante “Elle s’était fait couper les cheveux” et Abel Hermant écrit, en 1927, Camille aux cheveux courts. La révolution culturelle de la garçonne est en marche, et une femme va définitivement l’ancrer dans la société.


Coco chanel, la boyish

__“En 1925, on estime qu’une femme sur trois porte alors les cheveux courts.” Si la garçonne reste l’apanage des filles audacieuses, tout va changer avec l’ascension de Chanel. Née en 1883, elle crée sa marque en 1913 et devient la modiste la plus douée de sa génération. Son style ? Le masculin-féminin, notamment initié par la marinière autour de 1916, interprétation du vêtement des marins, qui se poursuit avec sa célébrissime veste en tweed, elle aussi influencée par les tenues masculines, celles du duc de Westminster, son amant, dit-on.

__Toutes les Parisiennes rêvent de ressembler à Coco. D’avoir sa silhouette filiforme, ses tenues masculines coiffées d’une coupe courte, en rupture avec la féminité de l’époque. Le couturier Paul Poiret l’accusera même de transformer les femmes en “petites télégraphistes sous-alimentées”. Le scandale continue.

Mais pas question de ressembler à un homme. C’est à cette époque que l’industrie cosmétique connaît un essor formidable, avec la production du tube de rouge à lèvres en 1927. Les cheveux sont courts mais les lèvres rouge écarlate et les yeux fardés d’un halo de khôl profond.

Le krach boursier de 1929 marque la fin des Années Folles et les cheveux gagnent en longueur. Le carré devient alors la coiffure que les filles s’arrachent. Mais la garçonne n’a pas encore dit son dernier mot.


Le retour du boyish sixties

__Au tournant des années 1960, la coupe courte féminine revient à la pointe de la tendance lorsque Audrey Hepburn (who else ?) l’affiche dans le film mythique Vacances romaines en 1953, dirigé par William Wyler, pour lequel l’actrice se verra récompensée d’un Oscar.

Quelques années plus tard, la coupe “pixie” raccourcit encore et se désembourgeoise. Les  stars s’y mettent aussi : Jean Seberg en 1958 dans Bonjour Tristesse puis À Bout de souffle en 1960 ; Twiggy, première supermodel de l’histoire qui lui doit sa carrière fulgurante dès le milieu des années 1960 ; Mia Farrow à l’affiche de Rosemary’s Baby en 1968, elles ont toutes les cheveux courts et les idées longues.


Les 1960’S


Des sixties aux eighties peroxydées

__Jupes courtes et cheveux courts: les sixties inventent une nouvelle silhouette féminine dans le mood de l’émancipation féminine. Mais, à l’aube des seventies, la coupe courte est abandonnée au profit des cheveux longs, wild, baba, pour les hommes comme pour les femmes. Il faudra attendre le retour des années 1980 acidulées pour que la garçonne réapparaisse, rock et décolorée. Lycra fluo, épaulettes XXL, imprimés débridés, sportswear, chic, fric et frime : les eighties bousculent les codes et inventent une esthétique novatrice. Les cheveux sont structurés, coiffés au gel. Court à gauche, plus long à droite, on aura tout vu durant cette décennie qui aura tout osé. 


La coupe courte aujourd’hui 

__On l’accuse d’être un “repoussoir à mecs” mais rien n’insuffle plus de style et de personnalité qu’une coupe courte aux femmes d’aujourd’hui. Émancipées d’une ultra-féminité capillaire, elles s’autorisent des tenues plus audacieuses. Bonus : la coupe courte reste le meilleur atout des femmes matures et des filles aux cheveux plats et fins.

__La garçonne contemporaine puise ses inspirations dans toutes les décennies et s’autorise une réinvention de son look à l’infini ; un jour rock, le lendemain années folles, le suivant pixie. Un peu de gel et le tour est joué. Et finalement, rien de plus féminin qu’une femme au style boyish. Et qui n’a rien d’un garçon manqué. Bien au contraire.



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