LA PASSION EN HÉRITAGE

Le gros avantage d’être le fils du patron, c’est que l’on ne peut pas (le plus souvent) être congédié. Mais par ailleurs, il faut faire l’unanimité au sein du groupe, gagner la confiance et la crédibilité en amont comme en aval, ne pas être tenté d’abuser du simple fait d’être le “fils de”. Il faut trimer pour se prouver, être conscient que chaque avantage est lié à une responsabilité, arriver au bureau le premier et repartir le dernier pour qu’il n’y ait pas de traitement de faveur. Et quelquefois, il faut faire fi des commentaires et de la mauvaise foi. Finalement, être le fils du patron n’est pas une sinécure. Prendre la relève en entreprise familiale apporte son lot de défis à surmonter. Gérer les relations familiales dans un contexte professionnel est un processus trop souvent sous-estimé. En effet, trouver un équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle n’est pas toujours évident, c’est d’autant plus difficile lorsque les deux s’entremêlent. Alors comment font-ils ? 10 jeunes qui ont repris le flambeau de l’entreprise familiale se confient à Noun.

Dossier réalisé par Danny Mallat

Portraits Raymond Yazbeck


georges abou adal

36 ans

Holdal Group

Chief Commercial Officer

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

Définitivement un choix. J’ai la chance d’avoir eu des parents qui m’ont toujours donné la liberté de faire ce que je veux sans jamais me mettre la pression pour rejoindre le groupe familial. Après avoir passé mon Bac, j’ai décidé de partir pour le Canada et d’y faire des études en Génie Électrique - un domaine très différent des opérations de la compagnie parce que j'aimais les maths et la physique. J’ai aussi passé du temps au Pérou à faire du volontariat dans le domaine environnemental. J’ai fait une maîtrise en énergies renouvelables en Angleterre parce que le développement durable est un domaine qui me passionne. Ma carrière a commencé à General Electric dans les éoliennes en Californie. Ce n’est qu’au début de ma trentaine et après un MBA à INSEAD, que j’ai commencé à sentir l’instinct entrepreneurial et que je me suis lancé le défi de joindre le groupe.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Justement, faut-il s’imposer ? En tout cas, je pense qu’il est important au tout début de commencer au bas de l'échelle, afin de ne pas brûler les étapes mais aussi afin de gagner la crédibilité et le respect des collègues peu importe leur âge. Il est vrai que quelques-uns ne seront pas d’accord avec la progression rapide du “dauphin” mais ces derniers finiront par quitter de par eux-mêmes ou par rester et s’adapter. Si, une fois qu’on est parvenu au haut de l'échelle, on a toujours besoin de s’imposer, c’est qu’il nous manque peut-être quelques compétences de leadership ou de persuasion.

Pensez-vous à votre succession ?

Oui et pour maintes raisons. Premièrement, je pense que les temps ont changé et que je ne devrais pas rester à la tête de la boite pour plus d’une douzaine d'années - au risque de noyer la boite dans une vision qui pourrait être dépassée d’ici-là. Deuxièmement, à Dieu ne plaise, si quelque chose venait à m’arriver, je devrais être sûr d’assurer un remplaçant qui devrait idéalement être mon successeur. Troisièmement, afin de bien gérer cette boite, je dois assurer d'être bien secondé par une personne qui, non seulement me complèterait, mais qui serait aussi une personne capable de me succéder. Donc oui, j’y pense beaucoup.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

Honnêtement, j’aurais sûrement pris la voie entrepreneuriale sans savoir laquelle au juste. Je ne suis pas un employé modèle et je n’aurais surement pas duré en tant qu'employé dans une structure carrée avec de stricts processus. Je ressens constamment le besoin de découvrir, d’essayer, de sortir des sentiers battus. C’est exactement ce que Holdal et ses shareholders me permettent de faire et je suis chanceux d’avoir cette opportunité



eddy cherfane

39 ans

AC Holding

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

Travailler pour la holding familiale était un choix. Mon père a créé CTC SAL en 1979 et nous venons récemment de fêter notre 40e anniversaire de partenariat avec Samsung. Je suis fier et privilégié de pouvoir contribuer avec mes soeurs à cet héritage.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Durant mes années universitaires, j’ai pu effectuer de nombreux stages au sein de chacune des divisions de la Holding, que ce soit le service commercial, entrepôt et livraison ou service clientèle. J’ai pu ainsi rencontrer nos clients et travailler étroitement avec nos employés. Cela m’a beaucoup aidé à saisir et à mieux comprendre les rouages de mon environnement et de mon métier. Par ailleurs, j’accompagnais souvent mon père lors de ses réunions et j’aimais le regarder faire. Sa vision, sa témérité et son authenticité m’ont aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui.

Pensez-vous à votre succession ?

Bien sûr. Nous projetons de transformer notre entreprise familiale en une structure plus corporative. Ceci permettra à la future génération de choisir le métier qu’elle voudra ou de travailler pour cette nouvelle entreprise. Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi? J’aime la mer et j’aime être en mer. J’aurai peut-être envisagé le métier de skipper ? Je pense que je finirai mes jours sur un voilier.



roy daniel

33 ans

Barista Espresso

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

Depuis tout petit, je savais que m'engagerais dans l'entreprise familiale. Avoir grandi avec un père qui a fondé une entreprise de zéro, c'est être à l'écoute de ce qui se passe au travail, des problèmes et des réalisations, que ce soit à table le midi ou pendant les déjeuners du dimanche. Ajoutez à cela l'amour et la passion que j'ai pour le café et tout est là. De plus, mon père m'a toujours poussé à m'impliquer le plus tôt possible avant de rejoindre l'entreprise afin de prendre les devants. Une fois mon diplôme universitaire obtenu, j’ai rejoint l'entreprise. C’était un choix de carrière que j’étais déterminé à suivre, ce ne fut jamais un impératif. Sauf que voyant mon père se battre seul, le sens de la responsabilité a pris le dessus pour rejoindre le groupe. J'ai toujours eu la chance d'avoir un père qui prônait l'excellence dans le travail. Il était avant-gardiste et le succès d’aujourd’hui n’est que la conséquence des réalisations du passé.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Être le fils du patron a sûrement ses avantages, mais on ne peut échapper aux préjugés. Pour réussir une collaboration patron/employés, il faut avant tout gagner le respect de l’équipe. Être assis derrière le bureau dès le premier jour ne contribue pas à atteindre cet objectif. Il faut être sur le terrain car l’instauration de la confiance entre le dirigeant d’une entreprise et les membres de son équipe est un facteur essentiel dans le succès de toute organisation. Il est également nécessaire d’assimiler toutes les étapes et de croire au produit que vous fabriquez et vendez. Plus important encore, il faut avoir l'humilité d'accepter le fait que l'expérience vient avec le temps. Avoir la chance d'apprendre de ceux qui vous ont précédé, tirer des leçons de vos collègues plus expérimentés fait une différence significative. Rome n'a pas été construite en un jour, comme on dit. Il en va de même pour une entreprise prospère. Vous pouvez hériter d'un poste mais il n'y a pas de raccourci pour gagner la loyauté de votre équipe. Il y a un passage obligé, celui de commettre des erreurs et d'en tirer des enseignements, car il est impossible de diriger une entreprise à un jeune âge sans faire de faux pas.

Pensez-vous à votre succession ?

J'ai la chance de partager les responsabilités de notre entreprise familiale avec mes frères et soeurs et mon père qui y est toujours impliqué. Penser à la succession m'a sûrement traversé l'esprit et, malheureusement, avec la situation actuelle que traverse le pays, il est en quelque sorte difficile de planifier ses projets pour les 10 à 15 prochaines années. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour préparer le terrain pour que mes fils puissent intégrer une entreprise solide. Je partagerai également tout l'amour que j'ai pour mon travail et pour le café en particulier. Je ne peux pas non plus nier que je les pousserai également à vouloir continuer ce que mon père a commencé et que j'ai aidé à développer, mais je les laisserai certainement choisir ce qu'ils souhaitent faire. Il est un fait que les entreprises familiales de troisième génération sont confrontées à de nombreux défis. Cela est dû à de nombreuses raisons, mais la principale est généralement une passation de pouvoir médiocre de la deuxième à la troisième génération. Nous veillerons à ce que cela ne se produise pas, car notre vision est de créer une entreprise qui durera des décennies.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

Ne pas rejoindre l'entreprise n'a jamais été un choix. Ça n’a jamais été une option envisagée. Je me considère également très chanceux d’avoir eu cette opportunité, en particulier lorsque je vois beaucoup de personnes de mon âge qui ont du mal à trouver un emploi ou qui doivent quitter leur famille en voyageant dans le monde entier pour trouver du travail. Ne pas suivre les traces de mon père m'aurait probablement amené à voyager en Italie, à gérer une équipe de football, à cultiver ma passion pour l'espresso, puis à revenir au Liban pour créer une marque de café de premier plan. Cela semble familier, non ?


raji fawaz

33 ans

Socodile holding

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

C’est à l’âge de 12 ans que j’ai commencé à travailler dans l’entreprise familiale. Chaque été, mon père m’emmenait avec lui faire des stages d’apprentissage et il exigeait qu’à chaque fois, je change de département. Je devais tout assimiler et apprendre. Il fallait explorer les rouages du métier dans tous ses détails. Mon premier stage avait débuté à l’entrepôt où je devais préparer des commandes et même les livrer. Durant la période de mes études, j’avais fait d’autres stages aussi enrichissants dans d’autres domaines mais l’expérience acquise auprès de notre société m’a permis d’élargir mes connaissances et de nourrir ma passion envers cette industrie. C’est ainsi que ce fut un choix et non une obligation.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Cela prend du temps. Les traditions comptent beaucoup pour les générations plus âgées ; il faut les respecter et les adopter. Pour s’imposer, il s’agit d’abord de faire ses preuves, planifier, réfléchir, se concerter avec les autres avant chaque décision prise. Vous devez être stratégique dans votre façon de penser et flexible dans vos différences afin de ne pas trop contrecarrer ou bousculer les idées appliquées jusque-là. Vous devez faire partie de l’équipe en vous faisant respecter et en gagnant la confiance de tout le monde.

Pensez-vous à votre succession ?

J’ai 33 ans aujourd’hui et comme je ne suis pas encore engagé, il est très tôt pour moi de penser à ma succession. Il faut avouer que le monde des affaires évolue rapidement. Tous les 3 à 5 ans, un nouveau métier immerge, et un autre disparaît. Il nous faut nous adapter à chaque changement. Dans 30 ans, je suppose que le marché sera très différent de ce qu’il est aujourd’hui, et comme mon père l’a déjà fait avec nous, je n’obligerais ni ma fille ni mon fils à suivre mon chemin. Ils seront libres de suivre leur propre passion et de poursuivre leurs rêves.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

J’ai toujours eu un penchant pour l’environnement et pour la construction. Et je suppose que si je n’avais pas suivi les traces de mon père, j’aurais été architecte.

michel gedeon

26 Ans

Gedeon&co

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

Gedeon & Co. a été fondée en 1949 par mon grand-père, Michel E. Gedeon, un pionnier du monde de la mode à l’époque. Mon père Toni Gedeon a pris la relève et a permis à la compagnie d’atteindre de nouveaux sommets sous sa direction. À l’échelle internationale, le partenariat de Gédéon & Co. avec la grande maison Givenchy, datant de 1991, a duré plus de 25 ans. Agissant en tant qu’agents, nous avons contribué à l’ouverture de plus de 20 boutiques Givenchy franchisées et à un bon nombre de duty-free shop-in-shops dans le monde. Gedeon & Co. a également laissé ses traces dans le Moyen-Orient en collaborant sur le marché saoudien de la mode et du luxe avec Rubaiyat Group. Au Liban, notre société ouvre la première boutique Giorgio Armani sur Allenby st., Downtown, Beyrouth. Nous sommes également fiers de notre partenariat de longue date avec Salvatore Ferragamo, que nous représentons depuis 2004 jusqu’aujourd’hui, avec l’ouverture de la nouvelle boutique Salvatore Ferragamo sur Foch St., Downtown, Beyrouth. Naturellement, j’ai baigné depuis mon enfance dans l’univers de la mode et du luxe et m’y suis retrouvé instantanément. Un choix devenu vocation ! Je travaille passionnément pour continuer à suivre les pas de mon père, tout en m’adaptant au monde en constante évolution.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Il faut savoir s’affirmer, partager ses idées, faire des suggestions et solliciter l’opinion des autres, notamment, dans mon cas, celle de mon père. Il faut donc s’imposer... sans s’imposer. Apres mes études à Paris, j’ai intégré la société en apportant un plan de travail basé sur l’actualité et la nouvelle technologie, ce qui manquait chez Gedeon & Co. Nous avons donc commencé par introduire des activités en ligne en lançant le site de notre compagnie (www.gedeonco.com), et en intégrant plusieurs plateformes dont Facebook (Gedeon & Co.) et Instagram(@gedeonandco). Mon intégration dans la société familiale a aidé à l’expansion de nos activités de ventes en gros et en détail, l’ouverture du nouveau mono brand Zimmerli of Switzerland à la rue Foch à Beyrouth, une nouvelle intégration dans le marché chinois, l’obtention d’un nouvel agencement pour deux grandes marques bien réputées dans le continent africain, et enfin, l’ouverture du nouveau mono brand Salvatore Ferragamo à la rue Foch m’a permis, malgré mon jeune âge, de m’imposer avec beaucoup d’aisance et d’acquérir une grande confiance en moi.

Pensez-vous à votre succession ?

Cette question est très prématurée, je n’ai que 26 ans. J’ai beaucoup d’ambition et de grands projets pour Gedeon & Co., cette société qui m’a tellement donné et qui porte haut notre nom dans l’industrie. La passion que ma famille voue à la mode dure depuis 3 générations et j’aimerais pouvoir continuer à transmettre cet héritage à travers les générations .

Si vous n’aviez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

Je ne saurais vous répondre à cette question, “si” est un très grand mot. Pour quelqu’un qui a trouvé sa place, au sein de sa propre compagnie familiale et qui y travaille de tout coeur et avec passion, je ne peux pas m’imaginer faire autre chose. Ce que j’aime surtout dans la mode, c’est qu’elle est un véritable moyen d’expression artistique! Une chose est certaine, c’est que, quoique je fasse, l’art fera toujours partie de ma vie. Albert Einstein disait :“L'art, c'est l'intelligence qui s'amuse”.

mario haddad

46 ans

Empire International

Président

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

J'ai grandi au cinéma. Enfant, notre affaire familiale consistait à visionner des films à longueur de journée pour décider de leur sortie en salles. Les weekends, je passais les avant-midis à accompagner mon père et mon oncle au cinéma pour voir deux, voire trois films de suite. J’étais fasciné par ce monde magique et savais déjà que j’allais en faire mon métier. J’ai fait des études d’audiovisuel à Londres en espérant faire carrière à Hollywood. Je pense que je suis tombé dans le piège de la facilité en me laissant séduire par ce qui, à mes yeux, n’était pas une si mauvaise alternative.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Vouloir m’imposer étant jeune n’était pas mon but ultime. Mes débuts dans la société coïncidaient avec la fin de la guerre civile et un certain marasme qui a duré plusieurs années. La différence de génération et le fait d’avoir accompli mes études à l’étranger ont contribué à insuffler de nouvelles idées et une certaine fraicheur au sein de l’entreprise. Mon père détecte en moi un certain potentiel et m’accorde les rênes d’un département marketing jusque-là inexistant. Depuis, j’ai développé mon savoir-faire au sein de différents départements et me retrouve, 25 ans plus tard, président de la branche de distribution de films du groupe, en charge de plus d’une douzaine de pays. Mais si je dois absolument souligner l’élément qui, à mes yeux, a le plus contribué à faire de moi un leader, c’est l’expérience acquise en gérant ma propre petite boite en parallèle et le soutien moral paternel.

Pensez-vous à votre succession ?

Mon grand-père a créé cette entreprise il y a exactement 100 ans. Mon frère et moi sommes donc la troisième génération du groupe. La question de la continuité et de la succession sont des thèmes qui reviennent souvent dans nos discussions de conseil de direction, à tel point que nous avons embauché un avocat spécialisé dans la structure d’affaires familiales pour rédiger une charte qui assurerait une continuité harmonieuse pour la quatrième génération et ainsi, éviter toute possibilité d’effritement du groupe, comme c’est souvent le cas dans des entreprises familiales.

Vous n’auriez pas suivi les traces votre père, vous auriez fait quoi ?

Parallèlement à mon travail au sein de la boite familiale, j’ai monté ma propre petite affaire. J’ai ressenti le besoin de tracer mon propre parcours, ‘from scratch’. J’ai toujours été passionné de cuisine et j’ai réussi à transformer cette passion en business. Avec l’aide de mon frère et quelques amis qui ont cru en moi, nous avons récolté les fonds nécessaires pour ouvrir un premier restaurant de sushi. Le succès était au rendez-vous, ce qui m’a évidemment encouragé à en ouvrir d’autres, et aujourd’hui, je me retrouve à la tête d’un groupe de restaurants qui emploient des centaines de personnes


bruno hitti

30 ans

Le Cercle

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

C’était un choix ! Tout jeune déjà, je suivais religieusement les traces de mon père, le fondateur et président de LCH Holding (Dany Hitti). Je l’accompagnais chaque année à tous les salons du meuble en Europe, ce qui m’a fait connaitre le métier. J’ai développé la faculté de bien étudier chaque détail et de m’attarder sur les finitions. Dans ce domaine-là, il faut avoir l’oeil très vigilant. Depuis, ma passion dans ce domaine n’a fait que croitre. Plus tard, pendant mes études à Paris, j'ai suivi des formations dans des galeries d'art et chez les fournisseurs des maisons que l’on représente.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Vous devez être audacieux, prendre des risques, être toujours dynamique et curieux d'apprendre, car comme l'a dit Ken Robinson : “La curiosité est le moteur de la réussite”.

Pensez-vous à votre succession ?

Non, puisque je vis la succession et que je travaille pour la prochaine génération, j’ai déjà accompli plusieurs choses et j’ai encore beaucoup à faire.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

J'aurais fait la même chose vu que j'ai toujours eu le sentiment que j'étais destiné à être dans ce domaine.


roland martinos

37 ans

M Group s.a.l

General Manager

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

Reprendre une entreprise familiale peut se présenter comme une obligation pour certains, heureusement ce n’était pas mon cas. Il s’est avéré que le travail me passionnait et pour cela, je suis très reconnaissant à la vie et à ma famille. Je pense que si je n'avais pas hérité de ce commerce, cela aurait certainement été l'un de mes choix de carrière.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

J'ai débuté mon périple à l'âge de douze ans en regardant nos artisans fabriquer et installer des meubles pendant mes vacances d'été. Je pouvais les voir créer des espaces à partir de rien. Depuis lors, mon intérêt n'a fait que croitre et j'avais hâte de participer et de contribuer. J'ai utilisé ma passion et mes compétences pédagogiques pour améliorer et développer l'entreprise. Être présent dès mon plus jeune âge et grandir dans cet univers a fait de moi une partie intégrante du monde des affaires avant de prendre la relève. Je ne pense pas que l’âge ait quelque chose à voir avec cela. Je crois aux idées novatrices et à la persévérance qui mettent en exergue votre personnalité et votre capacité à diriger.

Pensez-vous à votre succession ?

J'aime vivre le moment et en tirer le meilleur parti. J'ai toujours des projets que je veux réaliser et je fais en sorte d’y arriver. Mais il me semble prématuré de penser à la succession, car nous ignorons ce que l'avenir nous réserve. L’essentiel pour moi est de prendre actuellement les bonnes décisions et les bonnes mesures pour la réalisation de mes rêves et de mes objectifs.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

C’est un métier qui me stimule et me passionne, alors je doute fort que j’aurais fait autre chose si je n’étais pas né dans cette entreprise.

ziad matta

39 ans

Altus

CEO

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

J'ai commencé ma carrière très jeune, lorsque mon père m'a initié à l'entreprise familiale “MATTA Furniture”, en m'entraînant et en me poussant à comprendre toutes les disciplines possibles de l'entreprise; alors je n'avais guère d'autre choix que d’apprendre, livrer des résultats et me prouver. Cependant, Altus était un choix. Mon choix d'ouvrir une nouvelle entreprise en s'adressant à un tout nouveau modèle de marché/entreprise.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

C'est simple, le secret, c’est la maturité. La maturité n'a pas d'âge et je pense que confronter le monde des affaires assez tôt m'a permis d'acquérir la maturité nécessaire pour que je puisse m'imposer..

Pensez-vous à votre succession ?

Je pense plutôt à la création d'un modèle de gouvernance pour mon entreprise afin d'assurer une durabilité et une croissance constante, indépendamment de moi.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

Honnêtement, je pense que j'aurais quand même suivi les traces de mon père, ce qui veut dire que j'aurais construit ma propre entreprise ! Mon père m'a influencé à bien des égards et m'a donc permis de penser grand et de travailler dur, ce qui m'a façonné pour devenir la personne que je suis aujourd'hui... Qui sait, j’aurais peut-être eu mon propre restaurant !

doumit raidy

36 ans

RAIDY Group

Managing Director

Affaire familiale : est-ce que c’était une obligation ou un choix ?

J’ai eu cette chance inouïe d'avoir grandi dans le bâtiment où mon père avait son lieu de travail. Son bureau était au rez-de-chaussée, nous habitions le 3e étage et l'imprimerie se situait dans le bâtiment voisin. Il était normal de passer les après-midis de mon enfance à l'imprimerie, à jouer avec les déchets de papier et à utiliser les chariots comme des skateboards. La plupart du temps, je finissais par endommager le matériel. J’ai grandi dans l'industrie du papier et de l'encre et j’ai vécu le progrès de limpression dans son passage au numérique et l’évolution des processus automatisés. J’ai adoré ça. Peut-être que si mon père n'avait pas eu une imprimerie, je n'aurais pas choisi ce métier mais à aucun moment, je ne l’ai vécu comme une obligation… ou ressenti une pression pour prendre la relève. Ensemble, avec ma soeur, nous travaillions dans différents services d’imprimerie pendant les vacances, puis à temps partiel lorsque nous étions à l’université. Nous avons tous deux choisi des majors complémentaires utiles pour l'entreprise. Je me suis spécialisé en administration des affaires (Business administration) et ma soeur en graphisme. Plus tard, je me suis installé au Royaume-Uni pendant deux ans, où je me suis perfectionné dans la production imprimée. L’expérience fut très bénéfique, là-bas, je n’étais pas considéré comme le fils du patron, mais comme un simple étudiant, pareil aux autres. De retour au Liban, j’ai repris le travail à plein temps.

Comment s’imposer quand on est jeune ?

Être le fils du patron est un défi. C'est un défi de travailler avec les membres de la famille et de respecter une certaine hiérarchie au travail, tout en sachant que mes deux parents sont dans l'entreprise. C’est un défi de vous imposer aux employés qui vous ont vu grandir et qui travaillaient pendant que vous jouiez entre les machines. Mon parcours m'a aidé, car j'avais les mêmes aptitudes que les employés actuels pour prendre les rênes. Quelques mois après mon arrivée à plein temps dans l'entreprise, nous avons décidé d'ouvrir une filiale à Dubaï pour répondre à la demande croissante de GCC en matière d'impression de qualité. J’imagine que c’était le plus gros défi auquel j’ai dû faire face dans ma carrière. À Dubaï, j’étais considéré comme le patron et non comme son fils. J'avais 23 ans quand j’ai dirigé une entreprise de 150 employés et j'étais le plus jeune parmi tous. Je dois admettre qu’à ce moment-là, je n’avais peut-être pas l’expérience requise pour assumer un tel poste, mais les longs jours et les longues nuits passées au sein de la société m’ont transformé en un micro-gestionnaire qui ne laisse aucun détail au hasard. Dubaï était en soi une expérience d’apprentissage qui m’a apporté l’essentiel des connaissances que j’utilise aujourd’hui.

Pensez-vous à votre succession ?

En tant que père de deux enfants aujourd'hui, je n'imposerai jamais de chemin à mes enfants, tout comme mes parents ne l'ont pas fait avec moi. Je donnerai à mes enfants la liberté de choisir le domaine qui leur sied, qu’ils aiment et où ils excellent. Passer toute sa vie à travailler dans une industrie ou un secteur que vous n'aimez pas juste pour rejoindre l'entreprise familiale est suicidaire. Aujourd'hui, notre groupe n'est plus une entreprise familiale, nous avons des partenaires mondiaux et des processus ISO qui pourraient permettre la croissance de l'entreprise même s'ils n'étaient pas gérés par des membres de la famille. Notre holding est divisée en 3 divisions principales, de l’impression conventionnelle (offset numérique) à l’impression 3D et l’impression de sécurité.

Vous n’auriez pas suivi les traces de votre père, vous auriez fait quoi ?

Si je n’étais pas dans le domaine de l’impression ? J’aurais été architecte. Je suis un amoureux du détail, et au travail d'équipe, je préfère le travail en solitaire. Je ne fais guère confiance au travail des autres et je préfère faire les choses moi-même. Ceci dit, j'aime les belles choses, les belles femmes (et oui, j'ai la plus jolie de toutes) et les beaux espaces. De plus, le fait d’être un rêveur solitaire de nature aurait pu m'aider à devenir architecte. L'architecture concerne l'art, le design, le mobilier et les détails, et ces domaines m'intéressent beaucoup. Je sais comment développer mes idées auprès des clients et les convaincre. L'architecture aurait donc pu être parfaitement adaptée… est-il trop tard ?



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