hussein bazaza raconte des histoires… textiles

__Étrange ce jeune homme aux petits yeux bleus comme des pépites de lumière, qui joue à la poupée et ne se prend pas au sérieux. Touchant, facétieux, talentueux et modeste, si Hussein Bazaza porte une ceinture Hermès, ce n’est certainement pas par amour pour la grande maison de couture mais simplement pour l’initiale en commun… Lui qui se prénomme Hussein, ça l’arrangeait bien.

__Étrange, ce jeune homme qui fait la une des réseaux sociaux, qui a remporté en 2015 le prix du meilleur designer émergent aux Fashion Awards, qui est classé dans la liste des couturiers que les célébrités s’arrachent, qui figure parmi la liste des créateurs de mode les plus populaires et qui, pourtant, avoue avoir en horreur la mode et ses défilés, les robes signées que l’on dépiste sur les tapis rouges, celles que l’on désigne du doigt pour les attribuer à tel ou tel autre couturier. Hussein Bazaza abhorre tout ce qui renvoie à des signes extérieurs de mode, les cabas monogrammés façon sac monoprix, les baskets 4 roues motrices, les mules en fourrure que les femmes arborent, surtout en été. Pour lui, la mode est l’expression ultime de sa vision personnelle du monde et des femmes. Mais alors comment travaille ce jeune homme de 29 ans ? Quel est ce monde séduisant, étrange et merveilleux dans lequel il gravite et qui l’a propulsé au firmament de la beauté ? Et d’où vient-il ?


Au pays des femmes

__“J’ai grandi dans la maison de mes grands-parents, d’abord entouré de femmes.  J’étais le premier garçon de la famille. Nous vivions tous dans la même rue, oncles, tantes, cousins, cousines.” Celles-ci se sont d’ailleurs beaucoup occupées de Hussein enfant. Depuis petit, il dessinait, partout, et là où il se trouvait, trainaient des boites de crayons de couleurs. “On convoquait ma mère de l’école pour lui dire : votre fils n’arrête pas de se barbouiller le visage de peinture.  C’est ainsi que j’ai passé mon adolescence, encouragé par des parents qui avaient en plus le mérite de n’avoir aucune fibre artistique, mais qui croyaient en moi. Je dessinais des robes, m’attelais à faire de la céramique, composais avec tout ce qui me tombait sous la main des cadres photos, des albums, des fleurs en raphia… Mais à l’école des garçons, il n’y a pas de place pour ceux qui dessinent des robes. J’ai été très vite mis à l’écart, ostracisé et quelque peu traumatisé. J’ai fait un blocage et choisi une autre branche professionnelle. Sauf que ma mère en décidera autrement et me prendra par la main jusqu’à l’Université Esmod.” Il a fallu du temps et de la persévérance à Hussein pour trouver sa voie, non qu’il lui manquait le talent, mais plutôt tout le reste… Le superflu! Connaître toutes les marques, citer tous les noms des designers par cœur, retrouver les accessoires appartenant à chaque maison de couture, ça, Hussein ne savait pas faire et pourtant, il y arrivera et encore mieux que les élèves studieux et quelque peu obsédés par la mode.


La mode mais pas que…

__Si son approche est différente, c’est pour la simple raison qu’elle prend son départ d’un univers propre à lui. Elle est l’expression d’une vision selon laquelle le comportement d’une femme et son identité peuvent donner des vêtements et non l’opposé. Ses lignes sont menées par des archétypes de femmes réinventées en vêtements. Hussein Bazaza se détourne des procédés habituels, ceux qui consistent à créer des collections en fonction des tendances, des textiles, ou simplement des femmes qui vont les honorer. Il véhicule une autre forme de philosophie, et va plus loin dans le défrichage du territoire de son imaginaire. “J’aime créer un concept, une histoire, avant de créer le vêtement comme s’il s’agissait d’un conte que l’on déroule pour des petites filles devenues grandes. Ce sont souvent des étapes de ma vie que j’ai traversées qui m’ont inspiré.  

__Avant de réfléchir en termes de couleurs, de tissus et de style, je crée un personnage, je le dessine, je lui imagine des traits, une couleur de cheveux, des formes et quelquefois sans visage. Mais surtout je lui construis une vie et puis je l’habille.”


Amal, Hélène, Lili, Elisabeth, et les autres…

__S’il s’inspire d’une histoire inventée impliquant des situations parfois sinistres, parfois débridées, c’est un univers habité autant d’esprits étranges que de gentilles fées. Elles sont un virus qui se répand pour venger les femmes des hommes. Elles sont des petites voleuses de vie, des aventurières, des scientifiques qui cherchent (comme cette société consommatrice) la perfection. Une femme qui vient de se disputer avec sa meilleure amie ou qui décide de prendre le train pour rejoindre son amant ou qui fait le pari de décrocher un job impossible, elles sont toutes les femmes et une seule en même temps, celle que Hussein excelle à habiller.

__“Quand j’ai créé Lili, je passais par une période difficile où je manquais d’inspiration, comme si quelqu'un m’avait envoyé un virus et m’avait dérobé toutes mes idées créatrices.” Jamais d’inspiration sans roman, sans croquis, sans silhouette dessinée sur son iPad. “Quand je réfléchis la collection, je pense à chaque étape de la vie de Lili qui, comme un virus, veut prendre sa revanche au nom de toutes les femmes, et Lili efface la mémoire des hommes et leurs motivations. Sa dernière collection ‘Amal’ est un personnage sans visage car elle représente toutes les femmes de sa vie. Sa grand-mère, sa mère, ses tantes, ses trois cousines, sa meilleure amie, sa couturière, sa prof à la maternelle. Elles représentent pour lui la sécurité et la protection. Et l’idée part de là.

__Des collections de conquérantes pour les vraies femmes d’aujourd’hui. Des lignes à la frontière du conceptuel et de la réalité dans une vitalité sans limites. Et si toutes ces filles sorties de son imaginaire pouvaient un jour prendre vie, elles tomberaient sûrement amoureuses de Hussein Bazaza.



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