les fringues rétro hype de la marque nouvelle vague

Après le succès du premier espace éphémère dédié à son label Nouvelle Vague, spécialisé dans la mode vintage, Tatiana Fayad, également co-fondatrice de la marque Vanina, présentera à nouveau du 1er avril au 31 mai, à Saifi Village, ses dernières trouvailles chinées à travers le monde. Une sélection soignée de pièces uniques et edgy mais également de vêtements griffés se démarquant tous par leur conception et leur fabrication. À contre-courant de la frénésie d’achat de la fast-fashion, la marque propose un luxe daté, à la fois esthétique et surtout éthique.


__“C’est une passion qui m’habite depuis longtemps. J’ai toujours été très attirée par la mode, le design et la culture des années 60-70. D’ailleurs lorsque je voyageais, je tournais systématiquement pour essayer de me dénicher des habits vintage”, raconte entre deux grands sourires Tatiana Fayad. Allure gracile et communication engageante, la jeune femme est tombée dans la marmite de la mode dès son plus jeune âge. Déjà petite, elle accompagnait sa mère - distributrice de bijoux et accessoires de mode au Liban - aux semaines de la mode à Paris et à Milan. “Je faisais avec elle les showrooms, je rencontrais les designers, c’est un monde qui m’a toujours emballée surtout côté coulisses.” Dès sa sortie de l’école, elle opte pour des études de marketing, “toujours utiles quel que soit le métier que l’on fait”, et fonde à seulement 19 ans Vanina avec son amie d’enfance Joanne Hayek. “Nous adorions créer ensemble, notre complémentarité est totale.” Les bijoux qu’elles conçoivent rencontrent très vite un vif succès. Aujourd’hui, douze ans après leur début, les deux acolytes ont transformé la petite marque à l’ADN bien marqué en une griffe de mode qui propose outre les accessoires, de l’habillement, des sacs et des chaussures, le tout produit au Liban et vendu dans près de 25 pays. Malgré cette activité qui l’accapare, Tatiana Fayad trouve néanmoins le temps de cultiver d’autres penchants. La mode vintage en fait justement partie et l’envie de créer un business autour de son intérêt pour les vêtements des décennies passées lui trotte en tête.


Un voyage dans le temps devenu

écologique…

__Elle réalise également que les seules pièces qui restent, saisons après saisons, dans sa penderie sont celles ayant appartenu soit à sa mère, soit chinées lors de ses fréquents voyages. “Je savais qu’il y avait là un réel potentiel. De plus, j’observe que, depuis quelques années, le comportement d’achat des personnes a changé. Il devient difficile de consommer de la mode sans penser à l'impact environnemental de cette industrie - deuxième secteur le plus polluant au monde derrière la pétrochimie-, insiste Tatiana. Pour sortir de l'idéologie du vêtement jetable et du ‘it-piece” mais aussi des looks uniformisés proposés par l’industrie de la mode, les consommateurs recherchent aujourd’hui des valeurs sûres qui pourront aussi être transmis à leurs enfants.” Acheter vintage, c'est donc participer à cette économie éthique, c'est recycler, donner une seconde vie, produire moins de déchets, et surtout refuser de cautionner les conditions inhumaines dans lesquelles travaillent les ouvriers du textile de la fast-fashion, souvent mineurs…


…mais aussi tendance

__En Europe et aux États Unis, on investit de plus en plus dans les pièces rétro comme dans des œuvres d'art. Le vintage étant presque en passe de devenir une griffe en soi. Pourtant, sur le marché local, l’offre était encore quasiment inexistante. “Il existe bien des dépôts ventes ; des boutiques vendant du ‘seconde main’ mais rien au niveau de pièces ayant au moins 20 ans d’âge avec une dimension ‘collector’.” Ne sachant pas bien si les consommatrices libanaises allaient adhérer facilement au concept, Tatiana Fayad décide au départ de lancer son label baptisé Nouvelle Vague via un premier pop-up qu’elle organise entre Noël et le Nouvel An. Plusieurs pièces des années 80 ont ainsi été proposées à la revente ; certaines habillées, d’autres moins dont un Levis très bien coupé et des vestes en jeans ou en cuir. Une sélection resserrée et pointue composée aussi à moitié de vêtements de créateurs ou de grandes marques avec une gamme de prix allant de 60/70 USD à 1000/1500 USD pour les pièces rares ou signées. Ce premier test s’avère concluant. “J’ai pensé qu’avoir des vêtements griffés aiderait plus à la vente mais au final, toutes les pièces se sont bien vendues. De plus, j’ai été étonnamment surprise par la réaction des gens, toutes générations confondues, avec un engouement particulier chez les 35-45 ans”, commente-t-elle.


La mode, un perpétuel recommencement

__Pas évidentes à “sourcer”, la jeune femme déniche ses pépites durant ses déplacements à l’étranger mais également à travers des dealers spécialisés. “Les passionnés de la mode vintage comme moi ne recherchent pas forcément une pièce de créateurs ou appartenant à une décennie particulière mais fonctionnent plutôt aux coups de cœur par rapport à la qualité des matériaux, le travail de couture ou les rares imprimés vintage. J’ai ainsi découvert des designers des années 70/80 qui ont eu leur heure de gloire. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est de jouer le jeu en mixant les décennies entre elles, ou du rétro avec des pièces plus actuelles.” Car la mode se renouvelle en s’inspirant continuellement de sa propre histoire. Du coup, avec le revival des années 90 qui traverse aujourd’hui la mode, les collections authentiques de cette période résonnent parfaitement avec les tendances actuelles. Alors pourquoi acheter très cher du néo-90's de créateur quand on peut trouver pour moitié prix des pièces d’époque ?


La quête de sens

__L’autre attrait du vintage, c’est la dimension “récit” du vêtement : de sa fabrication à une époque révolue, son vécu, aux périodes qu’il a traversées en passant par la perspective sociologique, la place des femmes etc. Forcément, cela donne une profondeur au vêtement. Un cachet. “Pour mon invitation au premier pop-up, j’ai écrit un petit manifeste sur l’imaginaire que véhicule le vêtement vintage à qui l’on redonne un nouveau souffle. J’aime penser que ces tenues ont été portées et aimées par des femmes d’une autre époque et vivant dans des lieux différents.” Tout comme l’histoire de cette robe de mariée en soie des années 50 dont elle tombe littéralement amoureuse et qu’elle acquiert via un contact aux États Unis - aujourd’hui plus grand hub du vintage suivi du Japon-. Une pièce au vécu passionnant puisqu’elle appartenait à une showgirl habitant Las Vegas dans les années 50 et 60 et qui aujourd’hui, à 90 ans, continue de danser. “Cette robe m’a porté bonheur et depuis qu’elle a été portée par ma meilleure amie pour son mariage à Venise, je croule sous les demandes pour des tenues de mariée.”

__Son deuxième espace éphémère, qui se tiendra du 1er avril au 31mai, proposera d’ailleurs une petite gamme de robes nuptiales et pas mal de pièces habillées pour la période des célébrations qui s’enclenche bientôt. “Je fais aussi du free delivery et du cash on delivery entre chaque pop-up pour faciliter l’expérience au maximum.” On l’aura bien compris, pour avoir de l’allure et une dégaine branchée, il nous faudra une touche de daté.



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