les yeux grand ouverts de christian daccache

C’est un bureau composé de deux pièces. L’espace où Christian Daccache reçoit est polyvalent : on y voit un portant chargé d’une collection qu’on ne peut s’empêcher d’effeuiller, tellement elle paraît intéressante. Il nous explique que ce sont de jeunes talents Georgiens qui jouxtent quelques libanais (Darine Hachem) et autres. Cette pièce a aussi une planche en bois qui tantôt se rabat sur le mur, tantôt se déploie pour former une table de présentation-réunion. De larges fenêtres d’une couleur bleuvert s’ouvrent sur quelques arbres et on foule un sol en mosaïque ancienne. Une hauteur sous plafond qui confère à l’espace beaucoup de luminosité et deux petits fauteuils d’un vert chatoyant invitent à s’installer pour boire un café. L’entretien peut commencer.

Christian s’installe, le sourire déjà bien présent (on comprendra par la suite que Christian sourit tout le temps), mais d’un sourire chargé de bienveillance et de maturité à seulement 29 ans. Et lorsqu’on viendra à comprendre sa véritable mission avec les artistes et les créateurs, on les enviera. Pour un féru de communication, de stratégie, de médias, et d’univers en perpétuelmouvement qu’il crée autour de ses artistes/clients, tout en lui respire la discrétion, la timidité et la tranquillité : le timbre de sa voix, la manière de parler, d’expliquer, de raconter, jusqu’à la sobriété de sa tenue. “Je n’aime pas l’ostentatoire, dit-il, je suis souvent habillé de noir ou de blanc sans aucun signe extérieur d’addiction pour une marque ou un couturier”, car pour ce jeune entrepreneur, la seule addiction permise est le travail, celui qui fait de lui une personne attentive à ses artistes, réceptive, qui absorbe les choses avant de les transformer, de les faire interagir dans une énergie constructive. “J’ai besoin d’aller toujours au fond des choses, jusqu'au dernier détail”. Et s’il conserve un reste de timidité adolescente, elle tranche avec la précision de ses propos et sa solide connaissance du métier.

Jusqu'au bout de ses idées

“J’étais un enfant timide et réservé. À sept ans, je dessinais des robes de mariée que ma grand-mère cachait secrètement, mais j’ai grandi dans une famille d’entrepreneurs, personne ne m’a jamais encouragé dans une voie artistique”. Alors Christian contourne le sujet et accomplit des études qui lui ouvriront quand bien même les portes sur le monde de l’art. Un parcours sans faute pour ce jeune diplômé d’abord de l’Université américaine de Beyrouth ensuite de Marangoni Londres. En 2012, il est engagé par Chalhoub Group à Dubaï. Après y avoir passé 4 années à s’occuper du portfolio de LVMH, de la communication au marketing en passant par la vente et le management de produit, il est recruté pour Céline exclusivement en tant que directeur de communication et ce, jusqu’en 2017. Fort d’une expérience chez les plus grands et pour avoir côtoyé la beauté et la perfection, Christian Daccache arrive à la conclusion que le monde est un vivier de jeunes talents dans l’ombre. Alors comme investi d’une mission, il prend la décision de tout quitter pour s’installer à Beyrouth où il fondera le Bureau des Créateurs et dont le but est de découvrir, de soutenir et d’accompagner ces talents. Une mission qui lui a valu quelques cheveux blancs, mais qui ne gâchent en rien son élégance innée ni sa jeune ferveur, ni sa détermination avancée.

Underdogs

Pour que l’artiste crée et assure des performances publiques en y mettant toute son énergie, Christian Daccache sera celui qui le soulagera de toutes les démarches à suivre en réfléchissant pour lui. Stratégie, image, communication, identité, il a de l’avance sur le chemin que ses artistes vont suivre, assimile leurs désirs et leurs besoins pour mieux révéler leur potentiel ; les accompagner sur la durée nécessaire avant de les laisser prendre leur envol. Il est en quelque sorte le papa et la maman, le confident et l’ami, et quelquefois le thérapeute. Il ne peut donc s’agir que d’une personne en qui il a entièrement confiance et vice versa. “Je dois tout savoir sur mes artistes, leur façon de réfléchir, leurs points forts et leurs points faibles”. Et comme s‘ils avançaient dans la pénombre, il sera la lanterne qui éclairera leurs pas, leur permettra de ne pas répéter les erreurs faites dans le passé, leur fera prendre conscience d’un plus grand nombre de possibilités et les poussera à se dépasser en les appuyant dans les périodes de doute, de façon à toujours favoriser la création et l’épanouissement. Ce qui le motive, c’est de voir jusqu’où ils sont capables d’aller. Il a ainsi accompagné les créateurs de mode Azzi et Osta, Hussein Bazzaza , Liya ainsi que des talents comme Dana Hourani, Darin Hussein Banan ou le groupe musical Adonis. Ils sont pour lui les Underdogs, ces talents dans l’ombre qui ont tout pour briller. Pour gérer ce petit monde et orchestrer leur carrière, Christian s’est entouré d’une équipe formée aujourd’hui de responsables en communication, en marketing et en vente. À charge pour lui de s’occuper de l’image et de la stratégie. Il confie apprécier particulièrement la compagnie du monde qui reste une source d’énergie et fait de lui le trait d’union entre deux univers. Cultivant avec brio l’art de l’équilibre il réussit à rapprocher le monde des artistes du monde tout court.

Texte: Danny Mallat


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