le taiji ou le déploiement d’ailes de la grue blanche

le taiji ou le déploiement d’ailes de la grue blanche 

Lorsqu’on parle de Taiji (ou Tai chi), on imagine souvent des personnes faisant des mouvements d’ensemble – un peu étranges – dans un jardin. On devine rarement la dimension philosophique qui sous-tend cette discipline. Mais si le Taiji peut être perçu comme une gymnastique douce procurant du bien- être pour qui la pratique régulièrement, c’est aussi et surtout un art. Un art martial pour qui y voit uniquement l’inspiration des techniques de combat et un art de vivre pour qui se penche sur la dimension philosophique de cette discipline. 

Une philosophie en action 

__Pour Barbara Drieskens, enseignante de Taiji depuis 2008, le Taiji et la philosophie sont inséparables. Dans la pratique du Taiji ainsi que pour la philosophie Taoïste, corps et esprit ne font qu’un. Il est possible de pratiquer le Taiji simplement comme une façon d’exécuter des mouvements doux et lents, mais l’essence du Taiji ne tient ni dans l’esthétique, ni dans le combat, ni dans le développement des muscles. L’exécution des mouvements se fait selon la pratique et l’idéal taoïste, c’est-à-dire à la recherche d’harmonie, d’équilibre et de souplesse dans le non-effort. Ceci ne veut pas dire que les pratiquants devront être nécessairement conscients de cet aspect. Le Taiji, tout simplement, met cette philosophie en pratique. 

__“Le Taiji Quan est l’art de développer la dureté au sein de la souplesse, comme une aiguille dissimulée dans du coton. Les postures doivent être centrées dans l’axe, arrondies et pleines, paisibles et fermes, détendues et tranquilles ; les mouvements sont légers, vifs et circulaires constituant ainsi un exercice complet et merveilleux.”- Yang Chengfu 

La souplesse du corps et de l’esprit 

__On dit que le Taiji a été instauré par Zhan San Feng, un moine taoiste qui a vécu en Chine au 12e siècle. Il aurait été inspiré par un combat entre une grue blanche et un serpent ; en les observant, il a compris la supériorité de la souplesse sur la rigidité, l’importance de l’alternance du Yin et du Yang ainsi que d’autres principes de bases qui sous- tendent cette discipline. “En pratiquant le Taiji, explique Barbara, on gagne surtout en alignement du corps, en ancrage et en souplesse.” 

__L’alignement au niveau corporel se manifeste dans une posture sans tension, mais c’est également un alignement avec nos émotions et avec notre environnement. L’ancrage au niveau physique nous connecte plus avec la terre, ce qui apporte plus de stabilité et de force. Mais l’ancrage nous amène aussi à être plus conscient de l‘ici-maintenant, à être plus présent. Ceci nous apporte une meilleure concentration, un focus clair et une perspective large. 

__La forme de Taiji Quan commence dans l’immobilité et le silence de la montagne. On se tient debout avec la pointe de la tête ouverte vers le ciel et les pieds bien 

connectés avec la terre. L’axe central du corps est vide, la conscience descend dans le bas du ventre. Cette posture est aussi une posture de méditation faisant partie des entraînements énergétiques du Taiji Quan et s’appelle Wuji. Pour que la forme devienne fluide et intégrée, il faut à chaque moment distinguer le Yin et le Yang, le vide et le plein, des bras, des pieds.

__“L’idéal est de se mouvoir comme l’eau avec fluidité, douceur et adaptabilité. Nous ne recherchons pas la force dure des muscles mais la force intérieure d’un centre solide et souple. Ceci aussi se reflète très vite au niveau de l’esprit et dans notre vie quotidienne où, comme dans le Taiji, l’accent se met sur l’écoute, la douceur et une force intérieure qui guide et inspire plutôt que de s’imposer.”

L’harmonie à la portée de tous 

__Comme un des grands principes du Taiji est d’écouter, de suivre, de respecter, d’être sans extrême, sans dureté, alors le Taiji nous apprend à écouter et à suivre notre corps, notre respiration. L’équilibre est différent pour chaque personne, l’alignement aussi. On peut être bossu, boiter, être malvoyant, quel que soit notre âge, les mouvements s’adaptent. Et finalement, corps et esprit retrouveront la souplesse nécessaire et s’adapteront aux mouvements.

__“En Taiji Quan,0 nous apprenons d’abord à abandonner tout excès pour préserver l’équilibre harmonieux des énergies. Ce qui importe est la sensibilité pour l’unicité de chaque chose, de chaque moment, et la capacité de s’adapter aux changements internes et externes. Dans la pratique du Taiji, je préserve à chaque moment l’axe central de mon corps, les trois centres alignés. En alignant le centre de l’esprit avec le centre du coeur et le centre du corps, non seulement l’énergie coule abondamment, mais un calme profond s’installe aussi. Ce que je veux, ce que j’aime et ce qui est possible s’aligne également à travers le corps.”

Barbara Drieskens:

__Elle a commencé la pratique du Taiji en 2003 et a été deux fois médaillée de Bronze aux championnats Européens de 2010 dans les catégories ''barehand" et "sword".

Elle est devenue enseignante de Taiji en 2008 et a fondé en 2013 l'espace WUJI pour l'enseignement du Taiji et du Qi Gong

Barabara a un doctorat en anthropologie sur les traditions de guérison alternatives en Egypte contemporaine.

WUJI

Armenia street, Abadjian bldg, 7th floor

Mar Mikhael, Beirut, Lebanon

009613 096147

Texte: Aline Gabriel



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